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Christian Perrissin, un dessinateur impressionnant

Publié il y a 31 mois par Adrien .

Pour son premier livre en tant auteur complet, Christian Perrissin, qui a signé le récit du magnifique Martha Jane Cannary, a choisi de raconter l’histoire d’une femme en quête de liberté : Luce de Mirail, qui osa défier en 1460 le puissant seigneur de Rocmirail. Dans ce récit historique, inspiré du mythe d’Antigone, Christian Perrissin se révèle un dessinateur impressionnant.

 

- Tu es connu comme scénariste, et on découvre un dessinateur impressionnant. Pourquoi avoir caché aussi longtemps cette facette de talent ?
J'ai longtemps été complexé avec mon dessin. Je m'obstinais à vouloir travailler à l'encre pour "faire" comme Pratt, Munoz ou Baudoin. Et ça ne donnait jamais rien de concluant. Un jour, un ami cinéaste me commande une illustration pour son site internet. C'était urgent et je l'ai réalisée au crayon gras sans prendre le temps de me poser de question. Et quelque chose s'est passé ce jour-là. Non seulement ce dessin avait plus de force qu'à l'encre mais j'avais éprouvé du plaisir à le faire, ce qui ne m'arrivait jamais avec le pinceau ou la plume. Alors je me suis lancé dans une série d'illustrations pour un livre autour de la vie de Joseph Conrad (encore inédit à ce jour). Cinq ans et deux cent cinquante illustrations plus tard j'avais réappris à aimer dessiner et retrouvé le plaisir que j'avais quand j'étais gosse. C'est comme ça que j'ai osé, il y a deux ans, me lancer dans une bande dessinée.

 


- Vivre sur les lieux de ton récit t’a t-il aidé dans ton envie de te remettre au dessin ?
Ca m'a probablement aidé à franchir le pas pour enfin faire une bande dessinée. Je me savais incapable de dessiner les scénarios que j'écris pour Matthieu Blanchin ou bien Boro Pavlovic. Déborah Renault, qui signe le récit avec moi, m'a proposé d'aller à contre-sens de ce que je fais d'habitude. Eviter l'aventure, les grands espaces et les nombreux personnages pour se concentrer sur un lieu unique et trois ou quatre personnages ; un univers plus intimiste dans lequel Déborah se sent très à l'aise. C'est comme ça que tout a commencé. Le récit a pris corps au fil de nos balades dans la campagne autour de notre maison, et c'était d'autant plus stimulant que nous foulions les mêmes sentiers, visitions les mêmes lieux que Luce, Galéon ou encore Louis Huret dans notre histoire.


- Comment ce récit est-il né ? Luce de Mirail a-t-elle réellement existé ou est-ce le fruit de ton imagination ?
Luce de Mirail n'est que pure invention, mais nous voulions donner une impression de vécu, entre légende et réalité. Nous avons évité de lire trop de récits historiques et plutôt cherché à comprendre le quotidien de cette époque, aux confins du Rouergue. Une vie austère dans une campagne sauvage et qui l'est restée. Les hameaux et villages sont intacts, exempts de toutes ces zones pavillonnaires qui défigurent tant de belles régions. Cette austérité, nous avons tenté de la rendre avec la quasi absence de figurants et un traitement graphique qui s'inspire des éclairages très contrastés de certains vieux films en noir et blanc.


- Le mythe d’Antigone a inspiré de nombreux auteurs, de Sophocle à Brecht. En créant le mythe de l’Antigone du Rouergue, n’avais-tu pas la volonté de te confronter à ces illustres prédécesseurs ?
Ce qui nous séduisait dans le personnage d'Antigone, c'est sa détermination. Antigone symbolise la résistance face à la tyrannie de Créon, quitte à le payer de sa vie. Si la version d'Anouilh date de l'Occupation ce n'est pas un hasard. Nous avons choisi le contexte des guerres de Religion dans le Rouergue car la région a été durement secouée au cours des cinquante années qui ont suivi la Saint-Barthélémy. Montauban était le fief du protestantisme. Dans une même vallée, deux villages pouvaient s'affronter durant des décennies, la religion étant un bon prétexte pour régler de vieux contentieux. Dans notre récit, c'est un conflit de famille qui met le feu aux poudres : les Mirail, à l'origine seuls maîtres de Rocmirail, n'ont jamais digéré que l'un de leurs aïeux ait cédé une partie du domaine à de lointains cousins. Luce a compris que l'antagonisme protestants/catholiques n'est qu'un prétexte pour éliminer sa famille, et elle se met en résistance.

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