SAMEDI 30 JANVIER À ANGOULÊME
|
|
|
Samedi matin, la neige tente une percée à Angoulême. J'en profite pour me réfugier au forum du "Nouveau monde" où Joe Sacco répond aux questions d'une journaliste des Inrockuptibles devant une assemblée nombreuse et attentive. Le ton est posé, les réponses sont précises ; Joe Sacco connait son sujet… Cet étudiant en journalisme est aussi un historien précis mais c'est surtout, selon moi, un formidable artiste. Sa volonté de se représenter dans ses bandes dessinées n'a rien de narcissique : " Je montre ainsi la nature subjective de mon travail, je veux montrer l'émotion que je peux ressentir au cours de mes investigations. Ce que peuvent dire les gouvernements ne m'intéresse pas beaucoup, je m'intéresse plutôt à ceux qui ont vécus ces conflits, ceux qui les subissent". Étienne Davodeau, dans son très beau texte pour la revue NRF du mois dejanvier ne dit d'ailleurs pas autre chose :
"Sacco ne nous donne pas à voir des héros, mais au cœur de ce livre, il nous permet de rencontrer, au plus près, des êtres humains coincés dans les méandres d’un destin cruel. Il ne nous propose pas un livre sur Gaza, terre de malheurs, et d’espoirs sans cesse repoussés, qu’il contemplerait en surplomb du point de vue démiurgique autorisé par le statut d’auteur, témoin privilégié, et autorisé par son talent à s’adresser au monde. Il nous propose au contraire un livre à Gaza, avec ses habitants. Le point de vue qu’il a choisi est clairement affiché : il est dans la boue, et dans les ruines, avec les gens dont il nous parle. Il sait que l’une des grandes vertus de la bande dessinée réside dans la proximité qu’elle engendre entre le lecteur et le sujet."
En déjeunant avec Joe ensuite, je me rends compte à quel point, Evelyne, notre attachée de presse, a raison en retrouvant en Joe des similitudes avec un autre journaliste-reporter-photographe, malheureusement décédé, Didier Lefèvre. Je retrouve toute l'attention qu'il pouvait porter aux autres, cet intérêt pour les gens, naturel, simple, et sincère. Je comprends comment Sacco peut faire parler les gens de leurs malheurs, avec empathie, écoute et respect de la même manière que Didier arrivait à capter avec son appareil toute la beauté des gens.
Je me sens privilégié de pouvoir côtoyer des artistes de cette dimension, des être humains qui m'apportent tant au quotidien.
Pendant ce temps, vous êtes toujours aussi nombreux à venir rencontrer vos auteurs favoris sur le stand Futuropolis. Pour le troisième jour consécutif, nous devons installer des barrières de sécurité pour canaliser les files d'attente. Je ne peux que voir ça comme un aboutissement de notre travail, celui de "passeur" d'histoires, de récits qui nous ont touché et qui sont maintenant lus, découverts et appréciés par vous.
|
|
|
L'après midi, profitant d'une petite éclaircie, je passe au musée de la bande dessinée découvrir l'exposition Cent pour cent. Cent auteurs, et non des moindres, ont dessiné à leur manière, en forme d'hommage, une planche d'un auteur qui les a inspiré, les deux pages étant exposées côte à côte. la confrontation des regards est magique, d'autant que la qualité des œuvres exposées est tout simplement exceptionnelle. J'en retiendrai deux : l'une de Franquin, ce génie du dessin, représentant le marsupilami capturant avec sa queue un lion qui pensait le dévorer, avant de lui manger les puces. La tête de ce lion lorsqu'il comprend qu'il vient d'être capturé est tout simplement irrésistible. L'autre est une page de David Prudhomme, en hommage à une page d'Hergé de Tintin au Tibet, tout en retenue. J'ai essayé de la photographier mais j'ai peur que cela reste bien peu lisible… Étienne Davodeau, qui me fait le plaisir de lire ce compte rendu, me le rappelera donc encore une fois (non ce n'est pas pour cette raison que je l'ai cité en début de ce billet :)).
Les rendez vous se succèdent ensuite jusqu'au soir. C'est l'occasion de récupérer des pages pour la fabrication ! Ainsi Jean-Denis Pendanx me livre 30 pages de Jeronimus tome 3. Un enchantement ! (pour un récit bien sombre!)
|
|
|
Le soir, nous nous retrouvons dans un restaurant chic autour de trois tables. L'ambiance est, au fur et à mesure de la soirée, de plus en plus détendue. Le dessert, très raffiné, nous inspire quelques potacheries de bon goût…
La soirée continue encore quelques heures jusqu'à aujourd'hui, dernière ligne droite avant la clôture et les prix… À demain !
|
|
|


Publié il y a 24 mois dans Au coeur de Futuropolis.