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Journal de Bord de Luc B. : "La vie est faite de rêves et de miracles"

Il fut un temps où je rêvais de faire de la BD. Où pour réaliser ce rêve, je pensais que le plus simple était de concevoir un scénario pour un dessinateur reconnu, voir carrément célèbre. Une façon de conquérir d’un seul coup la renommée et l’argent. J’avais 18 ans.

Et à 18 ans, on croit que les rêves se réalisent juste parce qu’on y croit très fort.
J’ai donc travaillé dans mon coin pour Morris, le dessinateur de Lucky Luke. Je lui ai concocté le meilleur scénario jamais troussé depuis la mort de Goscinny (enfin, c’est ce que j’imaginais à l’époque). Ce scénario (qui s’intitulait Les Fantômes de la Nouvelle-Orléans), je le lui ai envoyé (j’avais trouvé son adresse dans le Who’sWho, l’annuaire des personnalités) et il me l’a refusé (on s’en serait douté).
J’ai été très choqué par ce refus (non par le refus en lui-même, mais parce que la lettre de refus était une lettre-type mal photocopiée et bourrée de fautes de frappe et d’orthographe). Ce premier contact avec un grand auteur s’avérait très décevant.
Mais on n’arrête pas un jeune rêveur de 18 ans.

À 20 ans, dans mon coin toujours, je me suis mis à concocter pour Philippe Berthet, le meilleur scénario du Privé d’Hollywood qui ait jamais été écrit (enfin euh… vous avez compris).
Armé de mes rêves et d’un culot qui tenait davantage de la naïveté que du courage, je le lui ai envoyé.
Berthet l’a refusé (mais il l’a fait avec les formes et surtout, il a transmis mon scénario au rédacteur en chef du magazine Spirou, Patrick Pinchart. Celui-ci l’a refusé à son tour mais m’en a renvoyé une copie annotée avec une conclusion plutôt encourageante. En gros, il me disait que pour mon jeune âge, j’avais compris beaucoup de choses déjà, sur la nécessité de surprendre le lecteur tout en lui proposant des personnages à fortes personnalités… J’ai relu récemment le scénario en question et je pense que j’aurais été beaucoup (beaucoup) plus sévère avec ce jeune scénariste que Patrick Pinchart ne l’a été. Je le remercie donc ad vitam d’avoir su discerner du talent dans ce pénible essai. Je le remercie surtout de m’avoir encouragé au lieu de piétiner mes quelques espoirs).

Bien sûr, j’étais triste de ce refus et surtout terrifié car je ne savais toujours pas où aller quérir le dessinateur qui me permettrait de monter un projet. Pourtant je sentais que le rêve était à portée de main et qu’il ne dépendait que de moi d’élever mon niveau (je m’en croyais capable…c’est dire la foi qu’on a en soi à 20 ans).

Je me suis dit qu’il me fallait abandonner l’idée de convaincre une star de la BD de faire couple avec moi. Qu’il fallait surtout que je me concentre sur l’histoire, sur ce que j’avais « vraiment » envie de raconter (plutôt que d’essayer de me fondre dans l’univers d’un autre) et qu’on verrait après pour trouver un dessinateur.
De là est né le scénario du Pouvoir des Innocents dans lequel j’ai mis toutes mes envies de l’époque (faire un grand récit de politique fiction avec un vrai fond politique et pas juste des politiciens caricaturaux).
C’était en 1989, il y a 20 ans déjà.

J’ai mis sur papier ce projet. Je l’ai lu et relu et encore relu et il me paraissait satisfaisant, voir carrément « bandant ».
Mais je ne savais toujours pas vers qui me tourner pour le mettre en images.
Et puis, le miracle s’est produit (la vie est parfois étrangement sympa avec les rêveurs). Dans le cadre de mes études de publicité et marketing (que je faisais pour rassurer mes parents et parce que la pub me semblait un des secteurs les plus à même de m’aider à développer mes talents de créatif), nous avons été amenés à organiser un « Carrefour de l’Illustration du Livres pour Enfants » que deux étudiantes de l’école n’avaient pu mener à bien l’année précédente.
Grâce à ce « Carrefour », j’ai découvert l’existence, à deux portes de chez moi, des Arts Décoratifs de Strasbourg et l’existence en son sein d’un Atelier d’Illustration d’où sortaient régulièrement de jeunes et talentueux illustrateurs qui voulaient faire des Livres pour Enfants, mais aussi de la Bande Dessinée.
J’ai découvert leur existence, et pourtant, timoré comme je savais parfois l’être à cette époque, je ne me suis pas précipité là-bas pour proposer mes services.
Ho que non !

Les mois ont passé et il a fallu un second miracle pour que je pénètre enfin le milieu de la Bande Dessinée.
6 mois après le Carrefour, une des filles de ma promo a croisé la route de Joseph Béhé (qui venait de se lancer dans le métier et qui avait présenté son premier album Pêché Mortel sur notre salon). Je ne sais toujours pas pourquoi il lui a posé la question. Toujours est-il que Béhé lui a demandé, si, par hasard, elle ne connaissait pas un scénariste, car un de ses amis dessinateurs cherchait à se lancer dans la BD. Ma copine a récupéré le numéro de l’ami en question et me l’a transmis.
Ce jeune dessinateur s’appelait Laurent HIRN (et oui, parfois, la vie est vraiment vraiment étrangement sympa avec les rêveurs)…
(à suivre)


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