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"La Mémoire dans les Poches" vient de sortir

Le tome 2 de La Mémoire dans les Poches vient de sortir (« enfin », diront les mauvaises langues). Ca a pris du temps, oui. Je peux vous en donner les raisons. Ca peut paraître étrange, mais c’est l’accueil incroyablement chaleureux du tome 1 qui nous a bousculé, voir carrément déstabilisé, Etienne Le Roux et moi.

En fait, jusqu’ici, Etienne s’était essentiellement consacré à ce qu’on appelle de la « BD mainstream », de la BD de genre : héroïc-fantasy (Le Serment de l’Ambre) et SF (Amenophis IV) dans un style très réaliste. Ce n’est pas moi qui l’ait fait changer de style pour la Mémoire, non, mais c’est en découvrant au hasard de mon installation à Tours (avant je vivais à Strasbourg) les illustrations qu’il réalisait pour animer les vitrines d’été et d’hiver de la librairie BD de la ville, que j’ai eu envie de lui proposer ce projet. Les illustrations d’Etienne étaient très différentes de ce qu’ils nous offraient d’habitude. C’était des scènes très riches en personnages, mais réalisées dans un style semi-réaliste qui me semblait beaucoup plus vivant et pêchu. En plus, il réalisait lui-même ses couleurs, ce qu’il ne semblait pas vouloir faire pour ses propres productions réalistes.

Oui, il y avait une vie incroyable dans ces illustrations, quelque chose d’un Will Eisner qui aurait écrit un scénario pour Cabanes. Quelque chose dans ce goût là.

 

A mon grand dam, Etienne ne semblait pas vouloir réaliser une histoire dans ce style semi-réaliste, qui lui semblait, je ne sais pas : trop facile ??? (parfois les dessinateurs sont déconcertants)…

Le hasard a cependant voulu que cette année là, le festival de Blois me propose de réaliser 5 pages de BD pour « Transports Sentimentaux », une petite BD financée chaque année par les transports de la ville et distribuée gratuitement pendant la durée du festival. J’ai demandé à Etienne de m’accompagner dans cette aventure, ce qu’il a accepté, et j’ai insisté pour qu’il réalise cette petite histoire dans son style « illustration ».

En bougonnant, il a bien voulu me faire plaisir. J’imagine qu’il ne s’attendait pas à être aussi heureux de notre collaboration et surtout du résultat graphique. La voie était ouverte pour lui proposer La Mémoire dans les Poches.

Jamais cependant, il n’aurait imaginé qu’on saluerait son travail sur la Mémoire avec autant d’enthousiasme, au point de faire de ce récit son récit le plus primé et le plus vendu à ce jour. Un accueil qui le comblait pour la première fois de sa carrière et qui recueillait les meilleurs échos auprès de sa famille.

 

De mon côté, La Mémoire dans les Poches est aussi une première. Même si les thèmes sociaux (Le Pouvoir des Innocents et Le Sourire du Clown) ou familiaux (Makabi) affleurent souvent dans mes histoires, c’est la toute première fois que j’ose tenter un récit de pure relation entre des gens, sans histoire policière autour (même si ces gens enquêtent les uns sur les autres, c’est avant tout ce qu’ils sont et comment ils se comportent qui est le moteur de La Mémoire dans les Poches).

L’idée de la Mémoire est venue après que j’ai reçu la demande d’un ami illustrateur (pour enfants, je précise). Son dessin ne lui permettait pas de travailler avec moi sur un sujet purement réaliste. Il m’a donc demandé si j’étais capable de lui écrire une comédie (j’en vois qui sourient au fond à droite… mais je ne leur jette pas la pierre : la comédie et moi, ça fait deux). J’ai tenté de relever son défi. Je me suis mis à réfléchir aux choses qui me faisaient rire… et à l’évidence, le truc le plus drôle que je connaisse, c’est la relation que j’entretiens avec mes parents. Mes parents sont juifs, ce qui est déjà assez détonant en soi, mais en plus ma mère est à moitié italienne. Un monstre d’amour et d’angoisse dont j’ai hérité le caractère (surtout l’angoisse, hahaha). En plus, ma mère parle fort. Si vous ne parlez pas aussi fort et aussi vite qu’elle, vous êtes mort, et personne n’aura jamais entendu ce que vous aviez à dire… Nos relations étaient donc plutôt du genre électriques et bruyantes.

La relation entre Rosalie et son fils devait être le cœur de l’histoire et engendrer le rire. Mais la vie en a voulu autrement et le personnage plus en retrait de Sidoine est devenu le héros principal de l’histoire… (à suivre…)

 

planche couleur : extrait de l’histoire parue  dans Transports sentimentaux, disponible à La boîte à bulles.


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