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Journal de bord de Luc B. : La fin du Sourire

Ca y est !!! Le Sourire du Clown tome 3 vient de sortir.

Suite et fin d’une aventure inédite pour Laurent Hirn et moi-même. J’insiste sur le mot « inédit » car contrairement à ce que certains ont pu croire, il ne s’agit pas, avec cette nouvelle saga, de re-transposer à l’identique et en France les thématiques que nous avions déjà abordées dans le Pouvoir des Innocents (notre première série qui se déroulait aux Etats-Unis et qui évoquait de façon très réaliste la violence de ce pays et la manipulation de cette dernière par les politiciens pour conserver leur pouvoir), mais au contraire de jeter un regard résolument décalé et poétique sur un problème réel et bien français qui est celui des banlieues.

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(ci-dessus : découpage de Laurent Hirn de la planche 54)

 

Tout d’abord, je tiens à préciser que le Sourire du Clown n’est pas une histoire qui a surfé sur l’actualité des révoltes de banlieues en novembre 2005. Impossible en effet, puisque le tome 1 de cette trilogie est sorti en même temps que les violences éclataient.
Il avait été écrit quelques 4 années auparavant.
Le Sourire est, en fait, un récit très ancien dont j’ai évoqué l’existence avec Laurent Hirn dès notre rencontre… en janvier 1990.
À cette époque le récit était encore très flou, mais les grandes idées directrices avaient été posées. Je les avais évoquées avec Laurent et il m’avait dit qu’on ferait le Sourire ensemble, si les choses se passaient bien sur le Pouvoir.
Il était déjà très attiré par le curé. Sa noirceur, son charisme, lui laissait entrevoir une mise en scène très tendue qui l’excitait beaucoup.
En fait, à l’époque, il s’agissait encore bien davantage d’un conte, d’une fable, quelque chose d’assez manichéen avec un curé qui revient prendre un pouvoir perdu dans une petite ville de France très pauvre, misérable… l’époque et le lieu étaient très peu définis… Le curé provoquait une situation où les gens ne voyaient plus que lui comme réponse à leur désespoir. À la montée en puissance du curé s’opposait un jeune clown muet qui, lui, voulait aider les gens par le pouvoir libérateur du rire et de la capacité à penser par soi-même.
C’était très allégorique.
J’ai toujours été fasciné et inquiété par les dérives sectaires, où un homme seul exploite la peur, le désarroi, la misère intellectuelle, pour imposer ses règles à une communauté de gens qui se rassemblent autour de lui et finissent par s’isoler du reste du monde pour ne plus voir que l’homme qui les guide.

J’avais envie de raconter la même chose, mais au niveau d’une ville entière, en plein cœur d’une république démocratique européenne… et puis, les années passant, en en discutant avec Laurent, on s’est rendu compte que c’était exactement ces choses-là qui se passent dans nos banlieues où des groupes extrémistes s’infiltrent et profitent de l’abandon dans lequel nos gouvernants laissent la population pour proposer des choses impensables en temps normal, mais qui semblent, aux gens qui les acceptent, le dernier rempart contre le néant.
On a donc transporté l’histoire de notre curé et de notre clown dans une banlieue, donnant à notre récit un relief tout particulier… mais toujours quelque part entre la fable et la réalité… quelque chose qui ressemblerait un peu à ce que faisaient Prévert et Carné dans leur cinéma… un contexte social très fort, pour des histoires riches en poésie, à la limite de l’irréel.

Nous avions donc cette nouvelle idée en tête mais peu d’informations sur la réalité du sujet, lorsque, en 1994, la ville d’Audincourt a fait appel à nous ainsi qu’à Edmond Baudoin et au regretté Michel Crespin, pour réaliser un livre-mémoire sur une de ses banlieues : la cité des Champs-Montants.
Afin de réaliser ce livre (intitulé Sixty Blocs), j’ai rencontré plusieurs familles qui vivaient là depuis la création de la cité dans les années 60. J’ignorais tout jusque là de l’histoire des cités françaises.
Pour moi, c’était juste des lieux, un peu à l’écart des villes, dans lesquels il ne faisait pas bon vivre. C’est à travers cette expérience, qui a vraiment marqué un tournant dans ma vie et ma vision contrastée du monde, que j’ai appris que nos banlieues, aujourd’hui montrées du doigts, avaient été pendant 20 ans des lieux de grand progrès social (accession au chauffage central, à l’eau courante, une chambre par enfant) et surtout des lieux de grande mixité sociale où la présence de nombreuses familles françaises permettaient l’intégration progressive des familles immigrées.
Et puis les années ont passé. Les familles françaises ont cherché un confort encore supérieur, sont partis, le cadre de vie s’est dégradé, les cités ont concentré de plus en plus de familles immigrés, de familles à problème. Les banlieues se sont ghetthoïsées, repliées sur elle-même, maintenue par les politiques à l’écart du reste de la ville. Les gens des cités vivent entre eux, partage un quotidien d’histoires souvent sordides faites de violence, d’échec, de chômage auquel il est plus que difficile d’échapper…
Et puis, ma femme, qui est assistante sociale, a travaillé pendant plusieurs années dans les banlieues les plus dures de Strasbourg. Le soir, au retour du travail, elle avait besoin de se délester des histoires souvent anxiogènes qu’elle croisait en journée et de me faire part de ses inquiétudes quant à l’avenir de ces cités…
Au fil du temps, le Sourire du Clown s’est nourri de tout ça… Mais je le répète il ne prétend pas être une vision documentaire ou réaliste sur nos cités, mais plutôt une fable qui évoque les problèmes réels de la banlieue en France.




1 commentaire

1 commentaire

jlke75

Bonjour, Je découvre votre univers depuis quelques semaines et je m'en réjouis ; les réalisateurs que vous citez (Spielberg comme Carné/Prévert...) me conforte dans mon intérêt. Sans intention de m'exposer sur votre blog (avec l'unique intention de pouvoir "parler cinéma" un jour) : j'ai récemment réalisé deux courts métrages de SF/anticipation sélectionnés et primés dans de nombreux festivals en France et à l'étranger ; j'aimerais beaucoup pouvoir vous les faire parvenir. Mon site (avec formulaire) si vous voulez bien m'y contacter : http://www.julienlecat.net/contact.php . Merci mille fois !

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